Pieds nus à la crèche

Les pieds, comme les mains, sont des parties du corps qui nous soutiennent et qui jouent un grand rôle dans nos mouvements. Tandis que les mains des bébés peuvent toucher, attraper, pousser, caresser, leurs pieds, eux, sont très souvent enveloppés afin de les garder au chaud.

A La Farandole, les tout-petits pieds nus sont laissés pieds nus afin de faciliter leurs découvertes et leurs activités motrices.

 

L’observation d’enfants de moins de trois ans montre la somme d’efforts et de conquêtes motrices dont ils font preuve. A la crèche, nous sommes partisans de la motricité dite « libre ». Le matériel et l’aménagement de l’espace accueillant vos enfants sont choisis en ce sens. Il nous a donc semblé cohérent de favoriser également la liberté de mouvement des enfants, notamment concernant les vêtements qu’ils portent. En effet chaque partie de leur corps constitue un outil de mobilité et d’appui dans le développement moteur. Les pieds jouent un rôle clé dans ces acquisitions mais leurs mouvements sont souvent gênés par un chaussage précoce et non adapté. L’affirmation selon laquelle il faudrait chausser très précocement un enfant pour favoriser l’acquisition de la marche n’est pas fondée. L’être humain est fait pour marcher, nul besoin de béquilles pour le mettre debout.

Nous avons donc décidé de proposer aux proposer aux familles de laisser les enfants pieds nus pendant leur journée à la crèche.

 

Développement de la motricité

Dès les premiers mois du bébé, lorsque celui-ci commence à se mouvoir, il chercher des acquis avec ses pieds. Ses orteils s’agrippent au sol et poussent celui-ci. « le pied de l’enfant, qui se développe entre la 3e et la 12e semaine de vie intra-utérine, continue à se former et à grandir jusqu’à ce qu’il atteigne sa taille définitive à l’adolescence.

A 2 ans, il est à 50 % de sa croissance. A la naissance, ceux des bébés sont peu musclés et ossifiés à 25% seulement. Puis les structures cartilagineuses s’ossifient et la voute plantaire se creuse, très progressivement, pendant plus d’une dizaine d’années. Cette phase de croissance est une période de vulnérabilité. Si l’enfant subit une lésion, une infection ou un traumatisme, le risque de séquelles est plus important que pour l’adulte. »

La cheville et le pied constituent un ensemble très complexe d’os (26 en tout), d’articulations, de muscles (au nombre de 20 !), de tendons et de ligaments, offrant une grande mobilité, laquelle est nécessaire à l’équilibre.

Pieds nus, les enfants apprennent donc à trouver leur équilibre et à éviter de tomber en affinant leur proprioception.

  • Pieds nus, les jeunes enfants apprennent à marcher plus rapidement, et leur cerveau se développe mieux. « En effet, la marche est une collaboration constante entre le cerveau et les pieds. Pour un bon équilibre, le cerveau a besoin que les nerfs situés sous les pieds sentent le sol et lui envoient des signaux qui l’aideront à déterminer comment et où le poids du corps devra être réparti. Les capteurs contenus dans la peau et les muscles du pied sont très sensibles à la pression. Si on leur met des chaussures, notamment (les modèles) avec des voutes plantaires intégrés, ces capteurs deviennent aveugles et envoient de mauvaises informations au cerveau ; le pied et le membre inférieur prennent donc une mauvaise position du fait de ces informations erronées ».

  • Les chaussures et chaussons changent la communication avec le cerveau : plus la semelle est épaisse et rigide, plus le message au cerveau est faussé.

  • Quand le bébé fait ses premiers pas, les muscles de ses pieds agrippent le sol et les orteils sont écartés pour maintenir l’équilibre. Cette nécessité de liberté de mouvement remet véritablement en cause une idée reçue selon laquelle les enfants auraient besoin de « soutien plantaire ».

En effet, presque tous les enfants de moins de 18 mois ont visuellement les « pieds plats » en raison d’un coussinet de graisse situé au niveau de la voute plantaire. C’est à force de mouvements que ce coussinet va fondre progressivement pour céder place au muscle de la voûte plantaire. Il est donc certain que la présence d’une voûte plantaire artificielle à l’intérieur d’une chaussure empêche la voûte plantaire naturelle du pied de l’enfant de se développer, et peut provoquer un pied valgus appelé aussi « pied plat ».

Si le pied manque de place dans une chaussure rigide, les orteils ne peuvent plus tenir leur rôle.

Les muscles des pieds et des chevilles ne peuvent pas développer la force nécessaire à l’équilibre et à la marche.

Comme l’explique Éric Prou, membre de l’Union française pour la santé du pied et la podologie (UFSPP) et président du conseil national de l’Ordre des pédicures-podologues : « Pieds nus, la voûte plantaire va en effet d’adapter aux aspérités du sol et donc se muscler.

C’est très bénéfique pour la santé du pied d’un enfant ». « Le pied nu est le meilleur chaussage : on ne chausse les enfants qu’à partir du moment où ils marchent et seulement quand ils en ont besoin. A la maison, sur les surfaces sans danger, marcher pieds nus développe le pied, le muscle et permet de découvrir la sensation des acquis au sol, qui font partie intégrante de l’apprentissage de la marche. Les chaussures rigides qui prétendument maintiennent le talon ou soutiennent la voûte plantaire, ne sont que des arguments marketing. Il n’a jamais été démontré que cela pouvait prévenir une future déformation comme les pieds plats ».

 

Outils de découvertes

  • Pieds nus, l’enfant travaille sa confiance en lui. Une simple paire chaussette peut être source de grandes difficultés et de déception pour un enfant qui cherche à se retourner ou à grimper. Nous avons tous déjà observé un tout petit qui essaye de se mettre debout et qui se retrouve « en grand écart » à cause de ses chaussettes qui le font glisser. Quel dommage pour lui de ne pas avoir pu profiter de ses orteils, de son talon, de la moiteur de sa peau qui l’auraient ancré au sol e maintenu, victorieux, dans cette nouvelle position verticale !

  • Sur le plan sensoriel, le pie constitue pour l’enfant une très grande source d’information.

Il sent si le sol est dur, mou, chaud, froid, lisse ou rugueux. En mettant le pied sur ou sous un obstacle, en grimpant sur une échelle de corde, en entrant dans un bac rempli de balles, l’enfant ressent une sensation, agréable ou non. Il apprend à contourner, trouver l’équilibre, se hisser, identifier ce qui se place ou se trouve sur son chemin. Cela participe donc à l’apprentissage de son schéma corporel.

 

Réticence des parents

Une autre idée reçue est celle selon laquelle le risque de s’enrhumer est plus grand en restant pieds nus.

Or, les virus et les bactéries ne se transmettent pas par le sol mais par l’air, par les microgouttes de salive lors d’un éternuement par exemple, ou par le contact avec des personnes et des objets contaminés. Les enfants ne sont pas plus souvent malades s’ils ne sont pas chaussés.

  • De plus, la température du sol à la crèche et les mouvements permanents effectués par les enfants évitent à ces derniers d’avoir froid aux pieds. Le froid est d’ailleurs parfois un faux problème : en effet, si un enfant qui rampe ou se déplace à quatre-pattes risque d’avoir froid aux pieds sans chaussettes, pourquoi ne pas lui mettre aussi des moufles pour protéger ses mains ?

  • Dans certaines cultures familiales, il ne peut être envisagé de découvrir un enfant, en particulier les parties en contact direct avec le sol. La pratique « pied nu » ne doit donc pas être imposée mais plutôt expliquée et proposée ponctuellement, en justifiant notamment son utilité lors des ateliers de motricité pour les plus grands, par exemples.

Pour les bébés, cette justification peut sembler moins évidente pour le parent alors qu’au contraire, plus l’enfant est jeune, plus l’activité qu’il fournit est motrice. Le simple fait de tenter de se retourner sollicite chez lui un grand nombre de muscles et ses pieds constituent un soutien précieux.

  • Certaines familles font part de réticences, mais après avoir échangé avec elles et souligné le bien-être des enfants, les parents sont rassurés et plutôt partisans de la pratique du « pied nu ». Pour ceux qui ne peuvent pas envisager cette pratique, souvent pour des raisons culturelles, il possible de proposer des chaussons dits « souples » qui laissent les pieds libres de leurs mouvements (ce qui constitue le seul avantage de ce chaussage d’intérieur, en comparaison avec l’absence de chaussage).

Plus un enfant est libre de ses mouvements, plus sa motricité et ses découvertes progressent harmonieusement et rapidement. A trop vouloir » accessoiriser » et accélérer les futures acquisitions des tout-petits, nous courons le risque de ralentir leur développement et d’entraver leurs compétences et leur confiance en eux.